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Mathieu Baudoin, un arbitre au services des arbitres !

Mathieu Baudoin, un arbitre au services des arbitres !

Être référent « arbitrage » dans un club de football, c’est un rôle méconnu mais essentiel. Cette fonction bénévole est aujourd’hui occupée au Tours FC par Mathieu Baudoin. Présentation et plongée au cœur de l’arbitrage passion.

Publié le : jeu 30/08/2018 - 18:43
Mathieu Baudouin, référent arbitres du Tours FC en compagnie de Gabriel Compain jeune arbitre.
Mathieu Baudoin, référent arbitres du Tours FC en compagnie de Gabriel Compain jeune arbitre.
Interview
Alors que l’équipe professionnelle du Tours FC achève son recrutement en cette fin d’été, le Département arbitrage du club, lui, débute le sien.
C’est la  quête permanente d’un homme, Mathieu Baudoin, arbitre lui-même, qui œuvre au quotidien pour faire venir jeunes et moins jeunes à l’arbitrage et aussi pour les couver et les faire progresser.
Portrait d’un homme qui a eu mille vies dans le football et qui se consacre, aujourd’hui, aux autres.
 
 
Mathieu, une petite présentation pour commencer ?
 
Je suis natif de Tours, j'ai signé ma première licence de joueur au FC Tours en 1978. Ça ne me rajeunit pas de parler de cette époque ! (Ndlr : Mathieu a eu 49 ans le 20 aout). Lorsque le club est monté en première division, il y a eu une sélection qui a été opérée dans les différentes équipes du club. Cette sélection était logique dans le cadre de la montée en régime du club et malheureusement pour moi je n'étais pas assez bon. Non retenu, je suis parti à Saint Avertin. J'y ai passé 30 ans, j'ai d'abord été joueur puis éducateur pendant 20 ans. Et puis il y a trois ans, je suis revenu vers mon premier amour. J’entame aujourd'hui ma troisième saison au Tours FC en tant qu'arbitre référent. En parallèle, je suis responsable des tuteurs au District d’Indre-et-Loire, je suis aujourd'hui complètement engagé dans l'arbitrage même si je ne me refuse pas le plaisir de jouer de temps en temps en loisir avec des amis.
 
Être arbitre c'est une vocation ? C’est arrivé comment chez vous cette envie de prendre le sifflet ? 
 
C'est arrivé quand j'étais joueur. On m'a proposé d'arbitrer des matchs. A cette époque, c’était simple car je pouvais arbitrer le dimanche matin en cadets et je jouais chez les juniors le dimanche après-midi. J'ai fait 5 ans d'arbitrage de 15 à 20 ans, puis j'ai décidé de continuer à être joueur pour rester avec mes amis. A 38 ans quand j'ai fait mon jubilé de joueur (rires), j'ai décidé de redevenir arbitre car j'avais apprécié ma première expérience. Au fond de moi,  la passion d’arbitrer ne m’avait jamais quitté. Et je pense que cette passion, c’est fondamental pour arbitrer. La saison dernière, j'ai eu la bonne surprise de finir premier arbitre du département, une grande première pour moi et sans spécialement le vouloir. C'est la réussite d'un travail depuis plusieurs années.
 
Avez-vous remarqué des évolutions dans l'arbitrage depuis toutes ces années ?
 
On est de plus en plus exigeant avec les arbitres ! Aujourd'hui on dit que le football est à l'image de la société et c'est relativement vrai. L’environnement autour du terrain est plus dur à gérer que les joueurs eux-mêmes. Certains éducateurs qui n’ont d’éducateur que le nom sont aussi souvent responsables des dérapages qu’on constate même au plus bas niveau départemental. Les mauvais exemples à la télé aussi.
Tout cela rend la tâche des arbitres difficile. Et c’est souvent la première raison de l’arrêt des arbitres s’ils ne sont pas encadrés solidement.
 
Comment avez-vous intégré le Tours FC ?
 
Le club m’a proposé de devenir référent des arbitres. La section professionnelle était en pleine restructuration à tous les niveaux et le secteur de l’arbitrage avait été totalement délaissé mettant le club en infraction avec le Statut de l’Arbitrage (Ndlr : obligation pour tous les clubs d’avoir des arbitres pour les mettre à disposition des compétitions : en National c'est 6 arbitres minimum, en Ligue 2 c'est 8 et en Ligue 1 c'est 10). Cette infraction, si elle perdure, pose de gros problèmes avec des sanctions financières très lourdes et au niveau sportif ça peut aller jusqu’à empêcher une équipe de niveau national de monter !
Le club en était arrivé là et le challenge était très difficile. La Direction de la SASP m’a demandé un audit puis on a travaillé en collaboration pour trouver des solutions, toujours en transparence totale avec le District et la Ligue du Centre qui veillent au respect de ce fameux statut.
 
Est-ce que le Tours FC est différent des autres pour un arbitre ?
 
Pour moi, être aujourd'hui au Tours FC, c'est 100% de plaisir. J'ai toujours été supporter du club et maintenant je vis des choses de l’intérieur. J'ai été super bien accueilli, on m’a aidé dans ma mission avec beaucoup de bienveillance aussi bien dans les bureaux qu’au niveau des éducateurs du centre de formation.
En devenant référent au Tours FC je pense avoir, comme on dit, "bouclé la boucle". Je ne me vois plus maintenant repartir ailleurs même s'il ne faut jamais dire jamais.
Les arbitres du Tours FC n'arbitent pas les matchs officiels du club bien entendu, mais ils peuvent officier sur les matchs amicaux et c’est très formateur. En effet, le niveau élevé dans lequel évolue les différentes équipes du centre de formation, permet à mes jeunes arbitres d’être confrontés à un niveau supérieur à celui dans lequel ils évoluent sur les matches officiels. C’est motivant, cela fait progresser. Le club invite aussi à chaque match à la Vallée du Cher tous les arbitres dans des conditions super sympas.
On se sent considéré et c’est le plus important.
Mon souhait, aujourd’hui, c’est de trouver des personnes qui souhaitent arbitrer le plus tôt possible afin de les faire progresser et les hisser au plus haut niveau. Pour l’image du club, cela ne serait que très bénéfique.
Je suis déjà fier d’avoir dans mon effectif des jeunes, des plus vieux, des jeunes femmes.
 
 
On a parlé de l’importance du recrutement mais le plus important c’est surtout de fidéliser non ?
 
Oui, si les jeunes arbitres ne sont pas conseillés, encadrés presque au quotidien, ils peuvent être découragés très vite et arrêter d’arbitrer. Mon rôle c’est de les couver, de les rassurer. Je procède de la même façon avec tous les arbitres. Il faut passer du temps, encourager, motiver et surtout savoir si les arbitres prennent du plaisir ou non. Car c'est le moteur essentiel dans cette fonction !
Ils savent que s'ils ont besoin je suis toujours disponible à tout moment, ils ont mon numéro de téléphone.
Je ne suis pas seul non plus. Les instances et notamment le district encadre bien aussi. La première année, les nouveaux arbitres ont sept réunions pour débriefer et parler éventuellement des difficultés rencontrées !
 
Est-ce que vous diriez qu'il y a plus ou moins de demande chez les jeunes pour devenir arbitres ?
 
L'année dernière on a eu une augmentation de la demande ! Mais attention, certains clubs ont forcé des jeunes à devenir arbitres et au final cela amène plus de problèmes qu'autre chose car ils font ça à contrecœur et très vite ils ne sont plus disponibles pour arbitrer en jour de match.
Je conseille à tous les parents qui vont lire cet article d’envoyer leur garçon ou leur fille passer les examens d’arbitre. Bien souvent, les jeunes arbitres sont plus responsables, plus matures ensuite dans la vie quotidienne, plus sûr d’eux.
Diriger un match de foot, c’est super valorisant et on peut atteindre par cette voie le très haut niveau !
 
On aurait bien évité la référence au sketch des inconnus, mais on est curieux : quelle est la différence entre le bon et le mauvais arbitre ? (rires)
 
Alors le mauvais arbitre il voit une action il siffle ! (Rires).
Pour redevenir sérieux, le bon arbitre est celui qui cherche à se positionner à la place des joueurs. Il n'y a pas beaucoup de secret non plus, un arbitre qui a joué au football même à un petit niveau va ressentir des choses que seul une personne qui a joué au foot va savoir. La psychologie n’est pas la même non plus. Gael Angoula qui a arbitré Tours - Entente SSG en National, s'il est monté si vite de niveau après sa carrière de joueur c'est bien grâce à son expérience de joueur professionnel.
Il faut aussi toujours avoir un minimum de pression, si un arbitre est trop détendu avant son match il va le rater à coup sûr et prendre de mauvaises décisions.
Pour résumer, un bon arbitre et bien c’est celui qu’on ne remarque pas durant un match !
 
Pour vous quelle est la référence en matière d'arbitrage au haut niveau ?
 
Pierluigi Colina ! C'était une personnalité incroyable ! Un charisme sur le terrain, il avait le respect des joueurs. Mais attention, suivant les matchs il savait devenir invisible et laisser jouer.
Nestor Pitana qui a arbitré le match d'ouverture et la finale de la Coupe du Monde est dans ce même esprit et j'adore cela. Il a fait des erreurs mais il ne s'est jamais laissé marcher dessus et a toujours été dans la psychologie.
Au niveau français, Clément Turpin est excellent. C’est dommage de ne pas l'avoir plus vu en Russie car il n’a fait que deux matchs en phase de groupes et a ensuite été affecté à l'arbitrage vidéo durant la phase finale. S'il avait arbitré une demi-finale par exemple, il aurait été très visible et aurait certainement créé des vocations chez nos jeunes. Ces arbitres français sont nos vitrines pour la fonction et il est important qu'il puisse nous représenter au plus haut niveau du football mondial.
 
En parlant de la Coupe du Monde  et pour conclure sur un sujet d’actualité, quel est votre avis sur l'arrivée de la VAR dans le football particulièrement utilisée en Russie cet été ?
 
Je ne suis pas un pro vidéo à la base. Mais l'utilisation de la vidéo telle qu'elle a été conçue me plait. Les moments importants du match ne peuvent être entachés d’une erreur manifeste d’appréciation et cela aide les arbitres qui ont une très forte pression. Les enjeux sont si importants aujourd'hui qu'il ne faut pas laisser les 3 hommes sur le terrain seuls face à leurs décisions. Le football va plus vite, la capacité d'analyse de l’œil humain a ses limites.
Après cela créé un déséquilibre dans l’universalité du football puisque le monde amateur n’y a évidemment pas accès. Mais il faut vivre avec son temps !
 
 
Les arbitres de foot n'ont pas le même maillot mais ils ont effectivement la même passion que les joueurs, éducateurs, supporters, à savoir : l'amour du jeu et du ballon rond.
Si après avoir lu cet entretien, vous avez envie de découvrir les joies de l’arbitrage, encadré par Mathieu, vous pouvez rejoindre l'effectif du Tours FC. Il vous faut avoir entre 13 et 50 ans, Mathieu se fera un plaisir de vous accompagner dans vos premiers pas.
N’hésitez pas, contactez le au 06 16 25 00 24